Le processus créatif

November 20, 2017

 

 

"Conversation avec ma sirène"

La création, la vie et la joie

Le dépassement de soi peut provoquer la peur de ce que l’on va découvrir en soi


Mercredi dernier, nous étions deux amies assises devant le feu de cheminée d’Eric, à refaire le monde autour de bouteilles de vin mousseux. Nous étions toutes les deux, de deux univers différents, l’une thérapeute, l’autre sociologue en rédaction de thèse, et toutes deux à nous poser les mêmes questions. Nous étions deux à aimer la vie dans ce moment très fort d’amitié, à faire fuser nos idées et nos expériences pour trouver la clé de la joie.
« La vie a des choses à nous apprendre, mais nous ne devons pas avoir peur de ne pas
trouver les ressources en nous pour y accéder; il faut savoir être inventif, ingénieux et avoir un rapport expérimental à la vie. Il faut toujours vouloir se dépasser. » Voici comment a commencé notre conversation.
Le dépassement de soi n’est pas une performance


 Qu’est-ce que créer ?
Créer c’est d’abord de produire avec soi comme outil, pour atteindre un sentiment de joie
très profond à la fois individuel et collectif. Et pour nous affirmer comme les êtres créateurs que nous sommes, toute la difficulté dans l’acte de création consiste à réajuster en permanence nos pensées et nos actions, afin de se sentir aligné par rapport à l’expérience de la vie. Lorsque l’on créée, nous devons prendre conscience de la vie et créer des nouvelles connexions au-delà de notre imagination.


 Le dépassement de soi n’est pas une performance
Lorsque l’on fait un acte de création, il faut faire la différence entre la motivation du
dépassement de soi et la performance. On pourrait facilement assimiler le dépassement de soi à la performance, pourtant ces deux mouvements sont très différents. La différence essentielle réside dans le fait que la finalité dans ces deux mouvements n’est pas la même.
Tandis que la performance est un acte essentiellement égotique et violent, où l’on effectue l’action pour trouver l’admiration de ses paires, atteindre un dépassement de soi signifieaussi se faire violence, sortir de sa zone de confort mais en vue de  rechercher en soi sa propre validation, pour se connaître soi-même.


 Créer c’est faire l’expérience du chaos
L’acte de création est la plus belle des actions qu’il nous est donné de vivre mais c’est aussi
une expérience qui demande beaucoup de courage. En effet, pendant la période
d’incubation de l’acte de création, nous faisons l’expérience du chaos. Le chaos est cette
chose merveilleuse qui renvoie au Big Bang, chaos créateur de la vie et qui est à la fois
synonyme de dévastation et source de vie. Ce moment correspond très exactement à
l’origine de notre expérience de la dualité. Le jour/la nuit, la mort/la vie, le Ying /le Yang : la dualité est partout et tout le temps autour de nous. Dans l’acte de création, on retrouve cette dualité. La création est source de vie quand elle est belle, mais la création peut  devenir dévastatrice, si elle est réalisée en vue de satisfaire d’abord la vision d'autrui avant d’être pour soi. Elle peut être chaotique quand l’acte de création peut se suffire à lui-même mais quand pourtant le créateur dépérit dans un sentiment d’absurde insatisfaction. L'artiste ne comprends pas ce sentiment, pense à de l'insatisfaction, tandis qu'en réalité il doit continuer de créer. 


 L’acte créateur est dual, il est inconfort et lumière  
Pour qu’un acte créateur soit beau, il implique le dépassement de soi, et cela implique de sortir de sa zone de confort pour se trouver soi-même. Bénéficier d’une fierté solaire, celle qui rayonne avec notre plexus et non l’égo. Le soleil n’a d’autre finalité que d’être lui-même. Les situations avant création, avant l’accouchement, sont inconfortables. C’est un moment d’extrême vulnérabilité puisque l’on assiste à la mort de notre ancien nous. Cela induit un sentiment d’inertie. Mais tandis que la performance aliénante assimile ce moment à une perte de temps, il faut prendre conscience que le vrai Moi connait le temps d’incubation nécessaire à cette transmutation. L’inconfort que l’on ressent dans ce moment d’incubation provient de la non possibilité d’une projection de la forme de la création et du temps de sa production finale. Les chemins et le temps sont inconnus mais en vrai UN CONNU.
La joie est dans le dépassement de soi. 


Heureusement, l’épanouissement est possible dans l’acte de création malgré le sentiment d’inconfort à condition de faire la distinction entre le dépassement de soi et la performance aliénante. Mais là une foule de questions se posent à nous : « Pourquoi je fais ça? Dans quel but? Qu’est ce qui m’anime? Est ce qu’on est conscient de tout ce qui nous anime? Est- on à la recherche de ce qui nous anime dans le processus de création, ou est-ce que nous sommes animés grâce au processus de création? ». Il n’existe certainement pas une réponse, mais peut être que le début de la connaissance de soi est de considérer que tout est mêlé, tout comme nous faisons l’expérience subjective du temps.


 Les trois temps de la création
Dans toute expérience de création il y a 3 temps : l’émergence de l’idée, la phase de
réalisation sans projection, et le rendu final. Mais finalement, la question qui nous intéresse lorsque l’on créer c’est la question de la joie. Au-delà de l’inconfort que l’on rencontre dans l’acte de création, où se situe la joie? Est-ce dans l’émergence de l’idée, dans la réalisation, dans le rendu final ? Dans l’achèvement ou bien dans le processus? Cherche-t- on la liberté et la libération?


 La joie n’est pas dans l’achèvement d’un projet
Imaginons que nous avons réalisé les trois temps de la création, est-ce ainsi que l’on se sent bien ? Parfois, on peut faire l’expérience que juste l’idée achevée dans l’imagination permet une certaine satisfaction et on se trouve dans un sentiment étrange, lié à l’expérience de l’inertie. Cette inertie est-elle positive ou négative? A-t- elle vraiment une polarité? Le bonheur n’est-il pas une forme d’inertie? Est-ce un état stationnaire? En fait, si l’on cherche en soi, on observe que l’inertie nous sert et nous aliène en même temps. Là encore elle est duale. Si l’acte de création est chaos, l’inertie est une chimère : car en réalité rien dans la vie ne reste statique. Tout est mouvement et énergie. En réalité,  si on ne crée pas, on meurt...Les cellules qui ne sont pas traversées par la vie nécrosent, et nous tombons dans nos névroses…. Créer, vouloir se dépasser : c’est être en vie. C’est affronter la vie et la mort, la lumière et l’ombre à chaque instant. C’est un cycle temporel du à la densité. 


 Créer c’est être en vie
Mais pourtant il y a des moments de repos, de répit dans la vie : à quel moment je me
repose, à quel moment je m’active? Il n’y a qu’en soi même que l’on trouve la réponse : c’est l’inspiration qui montre la Voie et c’est elle qu’il faut suivre. C’est l’inspiration qui motive le mouvement et vise toujours l’auto-dépassement. Car nous sommes des âmes évolutives. Et le mouvement est possible quand celui parfois se stoppe, car sinon la création devient invisible pour la matière, il n’est que substance flottante, et imperceptible.


 Le regard de l’autre comme boussole, non comme fin
Comme l’inertie est une illusion nécessaire, il y a toujours un équilibre à trouver entre la
productivité valorisante et l’épanouissement personnel dans l’acte de création. Cet équillibre on peut le trouver dans notre propre vigilance à chercher à ce que le regard de l’autre ne devienne pas le moteur et le boulet. Sinon on se perd dans l’attente extérieure sans lire ses propres désirs. Notre boussole devient le collectif.


[ Nous continuons cette discussion qui ne ressemble en rien à un débat mais plus à
enchaînement d’idées que nous validons au fur et à mesure dans une fluidité incroyable.]


La question de la place du collectif est très importante car la place du collectif intervient dans le questionnement de l’épanouissement individuel. Le bonheur est-il un acte individuel, ou une action collective ? Le collectif est important car nous sommes interconnectés et nos intentions portées sur un monde meilleur nous donne la sensation d’unité. Il faut avoir confiance dans le collectif tout en voulant se dépasser soi-même. Dans la confiance dans le collectif, nos actions dites “élevées” en vue d’une quête de sens nous aident à nous projeter sans la sensation stressante de prévoyance d’un futur hypothétique. La responsabilité n’est plus sur nos seules épaules, elle EST de manière collective et individuelle. Nos idées fusionnent, nous devenons le collectif à travers la conscience individuelle et collective. Nous sommes. La joie nous porte et nous devenons cette entité qui nous relie les uns aux autres.
L'individualité réside mais comme une note de musique présente dans toute une symphonie.

 

Marion Et Emeline

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